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Un episode de la Grande Guerre des Paysans Allemands
La Guerre des Rustauds
Alsace et duché de Lorraine
1525 |
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Tandis
que luthériens, calvinistes et anglicans organisent leurs Églises en
Europe, de nouveaux courants protestants plus radicaux jugent que le
protestantisme ne va pas assez loin dans la simplicité du christianisme
biblique. Par ailleurs, la conjoncture économique suscite des
mécontements chez les paysans.
L'insurrection s'étend rapidement sur la plus
grande partie de l'Allemagne centrale, occidentale et méridionale et le
mouvement se dote d'un "manifeste" : les Douze Articles,
rédigés pour les insurgés de Souabe et
adoptés par toutes les bandes paysannes. Ces
articles contestent la hiérarchie ecclésiastique et
formulent des exigences : le
droit de choisir les pasteurs, l'abolition du servage, le droit de
pêche et de chasse pour tous, l'abolition de nombreux
impôts féodaux, la garantie
d'être traités justement par les tribunaux
seigneuriaux…
Martin Luther, choqué par le massacre de la garnison de
Weinsberg (Bade-Wurtemberg) perpétré par 6000 paysans
le 16 avril 1525 (les Pâques Sanglantes), condamne sévèrement le recours à la
violence dans un pamphlet qu'il intitule "Contre les hordes criminelles et pillardes des paysans".
La révolte est particulièrement violente, et l'aspect religieux très
marqué, en Thuringe, sous l'influence de la secte des anabaptistes
dirigée par Thomas Münzer.
Münzer, pasteur, revendique l'inspiration divine et prêche la
suprématie de la lumière intérieure sur l'omnipotence de l'Écriture
sainte. Il affirme que le peuple, dans sa simplicité, pouvait
accueillir cette lumière intérieure. Tour à tour expulsé de plusieurs
villes, pour avoir poussé les paysans et les ouvriers à se révolter
ouvertement, il prend part à la guerre des Paysans. A Mühlhausen il
réussit même à renverser le régime féodal et à organiser pendant un
temps une communauté de paysans dans laquelle tout est possédé en
commun. Battu à Frankenhausen le 15 mai 1525, Münzer est jeté en prison
et exécuté.
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Le soulèvement des paysans alsaciens et lorrains En Alsace, l'insurrection éclate plus tard que sur la rive droite du Rhin. Ce n'est que vers la mi-avril que les paysans de l'évêché de Strasbourg puis ceux de la Haute-Alsace et du Sundgau, se soulèvent. Un soulèvement minutieusement préparé, car il éclate dans toutes les parties de l'Alsace le même jour, le 14 avril 1525, et bénéficie d'un effet de surprise totale.
De grands camps sont constitués sur la Sarre et à Neubourg. 4000 paysans lorrains-allemands se retranchent à Sarreguemines. Plus au sud, les insurgés investissent l'abbaye d'Herbitzheim qui devient un grand centre de rassemblement. 3000 paysans lorrains y rejoignent les révoltés alsaciens. Les autorités voient dans ce soulèvement une dngereuse entreprise de destruction de l'ordre établi, et le duc de Lorraine Antoine se résout, fin avril, à monter une expédition militaire.
A Saverne, existe un parti favorable au soulèvement qui pousse les autorités de la ville à abandonner la place. Le 13 mai au soir des milliers d'insurgés pénètrent dans la ville sans avoir à livrer combat. Ceux de Sarreguemines les rejoignent le lendemain, avec leur otage Braubach.
L'armée quitte Saverne le 18 mai en direction du sud, pour Marmoutier où les bandes de l'Alsace centrale (Barr, Ribeauvillé, Sélestat), qui s'étaient refusées à envoyer des secours aux paysans de la Basse-Alsace à Saverne, aspirent à continuer à défendre leur cause, tandis qu'une troupe d'insurgés s'est aussi formée dans les territoires mêmes du duc de Lorraine, à Saint-Hippolyte et Val-de-Liepvre. La plus importante de ces troupes, commandée par Wolf Wagner, prend place à l'ouest de Scherwiller. Cette armée n'est pas dépourvue de moyens: elle dispose d'arquebuses et d'une artillerie capturée dans les places qu'elle avait occupées. Elle bénéficie de l'appoint de soldats de métier, Suisses notamment. Elle a choisi pour se battre un terrain favorable qu'elle connaît bien. Le 12 mai, la bataille est âpre : les paysans se défendent vaillamment, mais la supériorité numérique de l'adversaire et la trahison d'un certain nombre de chevaliers, particulièrement celle du bailli de Riquewihr, rend toute bravoure inutile. 500 (?) tués dans l'armée ducale et 4000 au-moins pour une troupe de 15 à 20 000 insurgés.
Battus en Basse et Moyenne Alsace, les révoltés tiennent encore une partie du sud. Les princes allemands supplient Antoine de continuer l'expédition. Probablement frappé par l'ampleur de la tuerie, il refuse et préfère regagner Nancy. Les fantassins se regroupent à Lunéville et Saint-Nicolas-de-Port où ils peuvent vendre le produit de leur butin. L'expédition ne met pas un terme à la guerre. Les insurgés sont impitoyablement traqués dans le sud et dans la région de Wissembourg. Le 24 mai le duc et sa suite sont accueillis triomphalement à Nancy. L'expédition d'Antoine a un profond retentissement en Occident. Le mouvement des paysans exprime à la fois la contestation sociale et une hostilité à l'égard de l'Eglise catholique. Mais les chroniqueurs mettent l'accent sur l'aspect religieux ; le duc victorieux apparaît comme un croisé, défenseur impitoyable de la foi catholique menacée. Le calme revenu, Antoine fait faire une vaste enquête dans le baillage d'Allemagne. Chaque chef de famille est interrogé et les réponses inscrites sur un registre. Il en ressort que beaucoup reconnaissent s'être rendus aux rassemblements de Herbitzheim et, parfois, avoir participé ou assisté au pillage des cures. Tous -ou peu s'en faut- déclarent avoir quitté les bandes avant l'affrontement de Saverne, à la demande des prévôts. Il ne semble pas que cette enquête ait abouti à une quelconque répression. À la fin de cette même année, après bien des atrocités commises par les deux parties et la mort de milliers de personnes, les nobles de la ligue de Souabe réussissent à écraser la rébellion dans toute l'Allemagne. Mais la révolte se poursuit en Autriche jusqu'à l'année suivante. Les paysans allemands n'obtiennent en définitive aucune concession, tandis qu'en Autriche les nobles abolissent quelques-unes des injustices qui étaient à l'origine du soulèvement. |
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